Mémoire universitaire musicothérapie

UNIVERSITE PAUL VALERY
MONTPELLIER III
Arts – Lettres – Langues – Sciences humaines et sociales
Département MUSIQUE
Filière de MUSICOTHERAPIE

Du simple contact à la réelle rencontre
Musicothérapie, une clé pour
franchir une porte vers le monde de l’autisme.


Mémoire présenté et soutenu par

Célina DECREAUX
Université Paul Valéry Montpellier


DIRECTEUR DE MEMOIRE : Madame Corinne Cammareri
Soutenance : Octobre 2008

JURY
Monsieur le Professeur Jean-Pierre BLAYAC, Président
Madame Anne-Marie MAURIN
Monsieur Pierre-Luc BENSOUSSAN
Monsieur Olivier MAROTIN

Du simple contact à la réelle rencontre
Musicothérapie, une clé pour
franchir une porte vers le monde de l’autisme.

Sommaire
Introduction
Première partie
I) Qu’est-ce que l’autisme ?
1) Présentation historique et définition de l’autisme.
2) Prévalence et classification.
3) Caractéristiques cliniques.
4) Etiologie et recherches.
5) Les adultes autistes dans la société.
6) L’autisme, sensations personnelles dans cette première expérience.
II) La musicothérapie.
1) Définition.
2) Aspect éthique de la musicothérapie.
3) Aspect technique de la musicothérapie.
Deuxième partie
I) Présentation de l’institution.
1) Signification et définition du terme A.T.O
2) Le lieu et historique de l’A.T.O
3) Le fonctionnement.
II) Itinéraire personnel, de la musique à la musicothérapie.
1) Mon arrivée à la musicothérapie.
2) La préparation du stage à l’A.T.O des « Écureuils ».
3) L’organisation pratique.
4) La salle de musique.
5) L’instrumentarium.
4Troisième partie
I)Présentation d’un cas clinique.
1) Le portrait d’un jeune autiste, Loan.
2) Loan dans le cadre des séances de musicothérapie.
3) Descriptif des 18 séances de musicothérapie.
II) Réflexion consécutive au bilan des 18 séances.
1) Sur le plan clinique
2) Point de vue personnel
3) Musicothérapie, un outil supplémentaire à d’autres actions soignantes
ou thérapeutiques ?
Conclusion
Annexe
Glossaire
Bibliographie
Table des matières

La musique est peut-être l’exemple unique de
ce qu’aurait pu être, s’il n’y avait pas eu
l’invention du langage, la formation des mots,
l’analyse des idées, la communication des âmes.
Marcel Proust
Introduction
Après de nombreuses années passées à l’enseigner, j’ai choisi d’étudier la
musique dans son utilisation à des fins thérapeutiques. C’est ce qu’on appelle la
musicothérapie.
Parce que l’homme possède la voix, on peut prétendre que la musique existe
depuis les débuts de l’humanité ; quant à retracer l’histoire de la médecine pour
en trouver la genèse, ce n’est pas chose aisée, mais elle est pratiquée depuis
des millénaires.
La musique et la médecine sont deux sciences qui ont toujours fasciné
l’homme. Les plus grands philosophes, les plus grands médecins ne les
dissociaient pas. Une vie sans musique et sans médecine n’était sans doute
pas envisageable. Aussi Platon la considérait-il comme la nourriture de l’esprit.
La musique utilisée comme outil de soin, nous en avons de nombreux
témoignages rescapés de l’ancienne Égypte, des hébreux, de la Grèce
antique…
Au fil du temps, médecine et musique ont évolué, et à ce jour, nous possédons
dans ces deux domaines,un riche répertoire de données et de connaissances,
ingrédients indispensables pour utiliser la musicothérapie avec savoir et
application.
Depuis le 20ème siècle, la littérature clinique s’enrichit chaque jour et de
nombreuses recherches font état des résultats dans ces diverses approches où
la musique intervient comme élément médiateur dans la relation soignantsoigné.
Aussi est-elle très indiquée dans le cas d’autisme, une pathologie qui atteint les
personnes par des déficits sévères se traduisant par une absence d’interaction
sociale et de réponse émotionnelle, des troubles du langage et des gestes
restreints et répétitifs.
Ce mémoire traite de l’autisme et de sa relation avec la musicothérapie. Peuton faire un lien entre ces deux secteurs distincts ? La musique peut-elle
vraiment aider l’autiste à sortir de son enfermement ? Est-il possible de l’ouvrir
au monde du son, de le sensibiliser à la mélodie, à la rythmique, de faire en
sorte que la musique crée une petite brèche dans sa « carapace » et lui offre
une réelle possibilité de partage et de communication ?
Une des caractéristiques de l’autisme est l’absence de jeu. Plusieurs questions
se posent alors : l’interaction que propose la musicothérapie, par le jeu des
instruments, de l’imitation, de l’improvisation peut-elle être un moyen de faire
prendre conscience à l’autiste d’une autre réalité et par la-même de sa propre
existence ? La musique va-t-elle susciter une résonance émotionnelle au
travers de jeux musicaux ?
Le jeu de la musique entre soignant-soigné, peut-il être un support permettant
d’éveiller les affects chez l’autiste ?
Autant de questions qui pourront trouver leurs réponses dans l’exposition d’un
cas clinique : celui d’un adulte autiste de 26 ans, que j’ai prénommé Loan, afin
de préserver son anonymat.
Loan a bénéficié de 18 séances en musicothérapie, au cours de mon stage qui
s’est déroulé au foyer-résidence « Les Écureuils », à Montpellier, de décembre
à juin 2008.
Dans la première partie de ce mémoire je prédéfinis les concepts-clés
nécessaires à la compréhension de l’étude de cas exposée en dernière partie.
Elle se compose donc de deux sous-parties expliquant d’une part, la pathologie
de l’autisme, et de l’autre, la musicothérapie. Il m’a semblé inévitable de traiter
ces deux aspects ensemble, car il ne s’agit pas d’un écrit sur une pathologie ou
sur la musicothérapie, mais de l’interférence entre ces deux concepts. J’ai
également souhaité élaborer mon plan en partant de la théorie pour aller vers
l’aspect pratique.
La deuxième partie relate donc le lieu où s’est déroulé le stage, une institution
qui s’adresse à des adultes souffrant de pathologies telles que l’autisme, les
psychoses ou la trisomie 21. Je décris la vocation de l’ institution et son mode
de fonctionnement.
Tous les aspects conceptuels ayant été définis, j’expose l’étude d’un cas
clinique suivie d’une réflexion sur le déroulement des séances durant toute la
période du stage.
Pour terminer, je m’inscris dans une réflexion à propos des possibilités et
avantages que peut offrir la musicothérapie alliée à d’autres actions soignantes
ou d’autres thérapies.

Première partie : Autisme et musicothérapie, une approche
théorique
I) Qu’est-ce que l’autisme ?
1) Présentation historique et définition de l’autisme.
L’encyclopédie Larousse1
nous donne pour définition :
« L’autisme est un trouble du comportement complexe, affectant la fonction
cérébrale et rendant impossible l’établissement d’un lien social avec
l’environnement. Déni de réalité qui pousse à s’isoler et refuser de
communiquer, en particulier d’écouter autrui ».
Quoique des formes apparentées à l’autisme aient été décrites au cours du
XIXe siècle, c’est en 1911 que le terme « autisme » fut inventé par le psychiatre
suisse Eugen Bleuler (1857-1939) pour souligner la personnalité autistique qui
prédominait chez ses patients schizophrènes et dont la principale
caractéristique était la perte de la réalité et la primauté de leur monde intérieur.
D’où le terme « autisme », « auto », se référant au repli sur soi-même.
Bleuler décrivait chez ses patients outre le retrait « autistique », l’affectivité
désordonnée, l’ambivalence marquée,l’incohérence dans la structuration des
idées2
.
Plus tard, en 1943, Léo Kanner (1894-1981) psychiatre américain, reprit le
terme « autisme », mais en le distinguant de l’autisme du schizophrène3
, décrit
par Bleuler.
Kanner reconnaissait la similitude de symptômes entre schizophrénie et
autisme, comme par exemple, l’exclusion de la vie sociale. Mais pour lui,
l’autisme et la schizophrénie formaient deux pathologies bien distinctes. L’une
se révélait à un âge très précoce, l’autre à l’adolescence et par ailleurs, certains
troubles se distinguaient des états de perturbation mentale et d’altération de
l’intelligence mis en avant par Bleuler.
Kanner publia une étude, effectuée auprès de 11 très jeunes enfants4 dans
laquelle il mit en avant la spécificité de leur comportement. Il démontra de ce
fait l’évidence des troubles cognitifs, des troubles au niveau de la
communication et des comportements, la répétitivité dans les jeux, le besoin
d’immuabilité de l’environnement, le manque d’imagination.
1 Larousse. Mémo, encyclopédie générale visuelle et thématique. Ed. Larousse 1993
2
Stotz-Ingenlath G. Epistemological aspects of E. Bleuler’s conception of schizophrénia in 1911
Medicine, health,care and philosophy 2000;3(2):153-9
3
Ferrari P. L’autisme infantile Ed. Que sais-je ? 1999 p 6
4
Kanner L. Autistic disturbances of affective contact. Nervous child 1943;2:217-250 Traduction
française : Les troubles autistiques du contact affectif. Neuropsychiatrie de l’enfance.
1993;38:64-85
9Parallèlement à l’autre bout du monde, en Autriche, le pédiatre Hans Asperger
(1906-1980) publiait un an seulement après Kanner, soit en 1944, un article
intitulé « la psychopathie autistique ».
Il démontra après plusieurs années d’études auprès d’enfants ne présentant
aucun retard intellectuel ou de langage, l’existence de troubles du
comportement proches de l’autisme et une déficience marquée dans les
interactions sociales et la communication.
Il dénomma ce trouble « psychopathie autistique5
», utilisant sans le savoir la
même notion d’autisme utilisée par Kanner.
Mais les travaux d’Asperger restèrent méconnus jusqu’en 1981 quand Lorna
Wing, psychiatre anglais (née en octobre 1928) mère d’un enfant autiste,
réactualisa le travail d’Asperger en publiant un compte rendu6 des travaux
réalisés et une proposition pour définir un syndrome d’Asperger sur la base de
la description de 34 cas.
C’est à partir de cette publication que la communauté internationale multiplia les
recherches et les travaux pour tenter d’identifier le syndrome et le positionner
dans les classifications par rapport à l’autisme de Kanner.
2) Prévalence et classification.
La prévalence revient à calculer les cas d’autisme par rapport à la population
générale. Celle-ci est effectuée grâce à des recherches épidémiologiques sur
des échantillons élevés de populations de différents pays.
Dans les cas d’autisme, le sex ratio est en faveur des garçons : 4 garçons
atteints pour une fille. Ceci évoque une participation génétique liée au
chromosome X ou encore des hypothèses hormonales7
.
Dans les années 1970, on estimait le nombre de cas de 4 à 5 pour 10000
personnes8.9
.
Mais on ne tenait pas compte des troubles envahissants du développement de
type autistique. (TED)
Les années 1980 ont vu une véritable révolution dans les concepts, d’une part
en considérant qu’il n’y avait non pas « un autisme » mais tout un spectre
autistique, d’autre part, dans la manière de considérer ces TED.
Dès 1992 on a élargi le spectre de l’autisme au syndrome d’Asperger, aux
formes atypiques et aux TED non spécifiques.
5
Asperger H. Die autistichen psychopaten im kindersalter. Archiv für Psychiatrie und
nervenkrankheinten. 1944;117:76-136. Traduction française Les psychopathies autistiques
pendant l’enfance. Ed. PUF 1998
6
Wing L, Gould J. Severe impairments of social interaction and associated abnormalities in
children: epidemiology and classification. Journal of autism and pervasive developmental
disorders 1979;9:11-29
7 Tardif C, Gepner B. L’autisme. 2ème édition Armand Colin 2007 p 24
8
Fombonne E. L’autisme, une épidémie ? Revue Inserm actualités mai 2006 N°199
9
Fombonne.E. Épidémiologie des troubles psychiatriques en pédopsychiatrie
EMC-Psychiatrie 2005;(2):169–194
10D’après ses dernières études Fombonne conclut que l’on peut retenir un taux
minimal de 10/10000 pour la prévalence de l’autisme. Estimer provisoirement le
syndrome d’Asperger à 2,5/10000 et celle des TEDNS (TED non spécifiés) à
15/10000. La prévalence de toutes les formes de troubles envahissants du
développement est donc au minimum de 27,5/10000.
Cette estimation est basée sur les études les plus récentes et sur une analyse
conservatrice des résultats publiés.
Durant ces cinq dernières années, plusieurs études de meilleure qualité
méthodologique ont montré des taux voisins de 60/10000 pour tous les TED et
pour Fombonne, ce taux apparaît comme celui qui devrait être retenu pour la
planification des services.
Aujourd’hui, deux systèmes principaux de classification internationale des
maladies sont utilisés. On retrouve donc l’autisme classé dans :
➢ La CIM-1O10
➢ Le DSM-IV11
Depuis la création de La CIM, en 1893, la CIM-10 (10ème révision,
classification actuelle), a apporté de nombreuses modifications et mises à jour
annuelles.
Le DSM-IV est l’outil de classification qui représente le résultat actuel des
efforts poursuivis depuis une trentaine d’années aux États-Unis pour définir de
plus en plus précisément les troubles mentaux. Il a été publié par l’association
américaine de psychiatrie en 1994.
En 1980, pour définir l’autisme, la troisième édition de la classification de
l’association psychiatrique américaine, le DSM-III, avec ses critères spécifiques,
adopte le terme « trouble global du développement ».
En 1987, le DSM-III R reprend le terme en tant que « trouble envahissant du
développement » (TED), et conserve cependant l’approche multi-axiale du
DSM-III mais apporte certaines modifications dans les critères de
classification12
.
Ces systèmes permettent le codage des maladies, des traumatismes et de
l’ensemble des motifs de recours aux services de santé. Ils ont atteint un parfait
consensus quant à la définition de l’autisme.
En outre, des méthodes standardisées telles l’ADI R13 et l’ ADOS G14 permettent
de poser un diagnostic grâce à des questionnaires qui utilisent un algorithme
10 CIM-10 (classification statistique internationale des maladies et de problèmes de santé
connexes 10ème révision)
11 Diagnostic and statistical manual 4ème révision
12 Lenoir P, Malvy J, Bodier-Rethore C. L’autisme 2ème édition Masson 2007 p 6
13 Autism Diagnostic Interview Revised Rutter M. & al 1994
14 Autism Diagnostic Observation Schedule generic, Lord C. & al 2000
11qui permet de resserrer un peu le diagnostic du DSM-IV et de la CIM-10.
En France les cliniciens utilisent comme système de classification la CIM-10 et
la CFTMEA15
.
Classification CFTMEA
axe 1 Type CIM 10 DSM IV
Autisme et psychose 1.0
Infantile
type
Kanner
F84.0
autisme infantile Autisme
Autre forme d’autisme 1.01 F84.1
Autisme atypique
TED non
spécifié
Psychose précoce
déficitaire. Retard mental
avec troubles autistiques
ou psychotiques
1.02 F84.1
Autisme atypique
Syndrome d’Asperger 1.03
F84.5
Syndrome
d’Asperger
Asperger
Troubles désintégratifs
de l’enfance 1.05
F84.3
Autres troubles
désintégratifs de
l’enfance
F84.2
Syndrome de Rett
Troubles
désintégratif
s de
l’enfance
Rett
Autres psychoses
précoces ou autres
troubles envahissants du
développement
1.08
F84.9
Autres troubles
envahissants du
développement
Psychoses précoces ou
troubles envahissants du
développement non
spécifiés
F84.9
Trouble
envahissant du
développement
sans précision
15 CFTMEA classification française des troubles mentaux de l’enfance et de l’adolescence
123) Caractéristiques cliniques.
La communauté scientifique internationale utilise le terme TED entendant qu’il
atteint l’ensemble des fonctions de la personne.
Les TED se caractérisent par des déficits sévères et une altération du
développement dans les trois domaines que l’on nomme « Triade » :
➢ la communication verbale et/ou non verbale
➢ les interactions sociales
➢ les comportements, intérêts et activités qui sont restreints et stéréotypés
Ils regroupent :
➢ l’autisme infantile qui est la forme la plus typique et la plus sévère des
troubles envahissants du développement
➢ le syndrome d’Asperger qui correspond à une forme d’autisme où le
développement du langage et les fonctions cognitives sont préservés.
➢ le syndrome de Rett, qui se caractérise chez les filles par un trouble
grave et global du développement du système nerveux central.
➢ le trouble désintégratif de l’enfance qui est une forme très rare d’autisme
avec retard mental sévère apparaissant vers deux ans et provoquant une
perte brutale des acquisitions et des compétences à la suite d’ une
période du développement normal
➢ le trouble envahissant du développement non spécifié
Donner une définition précise de l’autisme est difficile, car il ne se réduit pas à
une mosaïque de symptômes : l’autisme possède une certaine unité, mais en
terme de formes cliniques, de causes, d’évolutions inter et intra-individuelles
durant le développement, il existe de nombreuses variétés ou différences.
L’approfondissement clinique a révélé un grand polymorphisme16 17
.
L’autisme se résume à un trépied syndromique et à l’intérieur de ces trois
caractéristiques prédominantes, ont été reconnus des sous-groupes nommés
ci-après « critères »
16 Aussilloux C, Baghdadli A, Bursztejn C, Hochmann J, Lazartigues A. Recherche sur les
facteurs d’évolution de l’autisme : caractéristiques initiales d’une cohorte de 193 enfants
autistes de moins de sept ans. Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence
2001;49:96-107
17 Bursztejn C, Golse B, Mises, R. Classifications en psychiatrie de l’enfant. Annales médicopsychologiques 2002;3(160):216-219
13L’autisme comprend 6 critères18 19:
a) Pour les troubles des interactions sociales au moins deux des critères parmi
les suivants
➢ évitement du contact oculaire, et altération dans l’utilisation de divers
comportements servant à réguler les interactions sociales, comme les
expressions et mimiques faciales, les postures corporelles et les gestes
➢ incapacité à établir des relations avec les pairs, correspondant au niveau
du développement
➢ pas de recherche spontanée pour partager des joies, des plaisirs, des
intérêts, ou des buts avec d’autres personnes
➢ manque de réciprocité sociale ou émotionnelle.
b) Pour l’altération qualitative de la communication au moins un parmi les
critères suivants :
➢ retard ou absence totale de développement du langage parlé sans tenter
de le remplacer par des gestes ou des mimiques
➢ impossibilité d’engager la conversation malgré la maîtrise du langage
➢ utilisation stéréotypée et répétitive du langage ou langage
idiosyncrasique
➢ absence de jeu spontané, de faire semblant, ou de jeu d’imitation sociale
correspondant au niveau du développement
➢ préoccupation obsessionnelle circonscrite à un ou plusieurs centres
d’intérêts stéréotypés et restreints, anormale soit dans son intensité, soit
dans son orientation
➢ adhésion apparemment inflexible à des habitudes ou à des rituels
spécifiques et non fonctionnels
c) Et pour le caractère restreint répétitif et stéréotypé des comportements des
intérêts et des activités, au moins un critère parmi les suivants :
➢ activités motrices stéréotypées et répétitives avec maniérisme
(battement des mains, torsion du corps)
➢ préoccupations persistantes pour certaines parties d’objets
Ces dysfonctionnements ou retards apparaissent avant l’âge de trois ans.
Le plus souvent, on retrouve un retard mental associé et l’on peut aussi
retrouver un déficit attentionnel, une hyperactivité, une impulsivité, une
agressivité, des comportements d’automutilation et des crises de colères chez
les plus jeunes20 21
.
18 Lenoir P, Malvy J, Bodier-Rethore C. L’autisme et les troubles du développement
psychologique. 2ème édition Masson 2007 pp 11-13
19 Tardif C, Gepner B. L’autisme. 2ème édition Armand Colin 2007 pp 28-30
20 Lazatigues A, Lemonnier E. Les troubles autistiques, du repérage précoce à la prise en
charge. Ed. Ellipses 2005 pp 11-15
21 Tardif C, Gepner B. L’autisme. 2ème édition. Armand Colin 2007 pp 28-29
144) Etiologie et recherches.
Léo Kanner concluait dans son premier article sur l’autisme, que la forme
clinique résultait d’un dispositif empêchant les enfants d’avoir un contact
relationnel normal avec les autres.
Pour autant, il s’intéressait aux configurations familiales et à la trajectoire de vie
des cas étudiés.
Par la suite, c’est un peu la position inverse qui s’est instaurée : la thèse d’un
dispositif donné dès le départ de la vie n’était plus admise, et les causes de
cette pathologie étaient axées davantage sur la relation humaine comme l’ont
décrit D. Winnicott (1896-1971) psychanalyste britannique qui préconisait la
nécessité d’un environnement affectif contenant, « La mère assez bonne22 ».Il
soulignait le lien entre l’intensité des carences précoces de l’environnement et
l’intensité des symptômes de l’enfant. On peut également se référer au
psychiatre américain B. Bettelheim23 (1903-1990) pour qui l’autisme était dû en
grande partie aux carences affectives de la part des parents. Les analystes
liaient automatiquement les causes de l’apparition de l’autisme à une
défaillance de l’environnement parental : « Concept de la mère mortifère, de
forclusion du père, de parents obsessionnels 24».
De nos jours, tous les chercheurs s’accordent pour dire que l’autisme est un
syndrome d’origine multigénique et plurifactorielle avec association d’un ou
plusieurs gènes. La cause environnementale est préservée, « l’enfant lutte
contre son angoisse dûe aux troubles dans ses relations ce qui empêche une
bonne structuration de son identité corporelle25 »mais les facteurs génétiques
sont pris en compte.
Des études sont effectuées sur le rang dans la fratrie26, ou encore dans des cas
de famille avec jumeaux, dont l’un des enfants est autiste. Reichenberg27 et ses
collaborateurs ont effectué une recherche, afin de déterminer dans les familles
dont un des enfants est autiste, s’il est plus fréquent qu’il soit l’aîné, ou le
second ou bien si l’ordre de naissance n’a aucune influence sur la maladie.
JG. Steyaert explique dans un de ses articles paru récemment que les
principales causes de l’autisme seraient génétiques, voire même que toute une
variété de mécanismes génétiques serait impliquée dans la pathologie28
.
22 Winicott DW. Jeu et réalité Ed. Gallimard 1975 p 42
23 Bettelheim B. La forteresse vide. Ed. Gallimard 1998
24 Lemay M. Y a t-il un ou des autismes ? Santé mentale au Québec 1998;23(1):7-18
25 Aussilloux C, Baghdadli A. Autisme et TED au regard des données actuelles. In : L’autisme et
les TED : actes de la journée autisme.Mars 2007. Strasbourg. France
26 Bolton PF, Murphy M, Mc Donald H and coll. Obstetric complications in autism :
consequences or cause of the conditions ? Journal of the american academy of child and
adolescent psychiatry 1997;36:272-281
27 Reichenberg A, Smith C, Schmeidler J, Silverman J. Birth order effect on autism symptom
domains. Psychiatry research 2007;(151):199-204
15Il est certain à en juger par le nombre d’articles édités dans de nombreux
journaux et revues médicales, ou dans les comptes rendus des colloques,
conférences et autres, que l’étiologie de l’autisme suscite toujours autant
d’intérêt et les progrès sur la taxonomie29 de cette pathologie résultent de
l’accord croissant sur la validité descriptive des catégories diagnostiques et la
nécessité d’une approche multi-axiale. Elle s’est même activée dans les deux
dernières décennies sur le plan mondial.
En 2002 par exemple, un vaste projet international réunissait de nombreux
chercheurs des États-Unis, du Canada, et d’Europe, afin de déterminer les
gènes impliqués dans l’autisme30
.
Plus près de nous, en 2007 a démarré un autre projet sur la recherche
génétique, réunissant plus d’une centaine de chercheurs31
.
Les recherches s’appuient sur :
➢ la génétique
➢ les facteurs environnementaux (femmes par exemple exposées à des
agents chimiques toxiques durant leur grossesse)
➢ les facteurs anté-conceptionnels
➢ les facteurs anté-nataux (par exemple virus de la rubéole)
➢ les facteurs néo-nataux (après la naissance)
➢ les facteurs péri-nataux (autour de la naissance).
➢ les secteurs biologiques
➢ les domaines neurologiques et neuropsychologiques
➢ les secteurs cognitifs
Les causes restent incertaines, en dépit d’éclairages suggestifs et de nouvelles
pistes. C’est pourquoi les recherches pluridisciplinaires restent indispensables.
Tâche d’autant plus complexe si l’on rajoute aux difficultés des recherches, le
fait que le désordre autistique puisse survenir seul ou associé à d’autres
pathologies, sans que l’on puisse affirmer si l’autisme a engendré une nouvelle
pathologie ou si telle pathologie a engendré un début d’autisme32.33.34
.
Par ailleurs, pour que les recherches soient effectives, la pose d’un diagnostic
fiable et établi suffisamment tôt est primordiale afin de pouvoir entamer une
prise en charge adéquate. Le professeur B. Rogé insiste sur un point crucial : le
28 Steyaert JG, De la Marche W. What’s new in autism? Europeen journal of pediatrics
2008;167:1091-1101
29 Lenoir P, Malvy J, Bodier-Rethore C. L’autisme 2ème édition Masson 2007 p 5
30 Szatlaru P, Paterson AD, Austism genome project consortium Nature Genetics.
2007;39(3):319-28
31 Durand C, Betancur C and al. Nature Genetics Mutations in the gene encoding synaptic
scaffolding protein SHANK3 are associeted with autism spectrum disorders 2007;39(1):25-27
32 Ferrari P. L’autisme infantile Ed. PUF 1999 p 71
33 Tardif C, Gepner B. L’autisme 2ème édition A. Colin 2007 p 70
34 Lenoir P, Malvy J, Bodier-Rethore C. L’autisme et les troubles du développement
psychologique.2ème ed. Masson p 67
16besoin d’un dépistage précoce, afin d’assurer un bon développement chez
l’enfant, tant au niveau cognitif et émotionnel, que social35
.
Pourtant, l’établissement d’un diagnostic de l’autisme a engendré la création de
différentes échelles d’évaluation et de questionnaires, afin de cerner la
symptomatologie des autistes de la façon la plus précise possible.
Actuellement, les recommandations pour la pratique professionnelle du
diagnostic ont été éditées par la HAS (Haute autorité en santé) et sont
consultables sur internet.
Cependant,
➢ sachant qu’il existe plusieurs systèmes de diagnostics
➢ si l’on tient compte de la complexité d’un autisme variant d’un individu à
l’autre
➢ considérant que l’environnement diffère d’une personne à l’autre et joue
dans son développement
➢ et que les recherches reconnues dans le domaine ne datent que des
années 40 environ
comment être sûr que le diagnostic ait été bien posé dès le départ ?
L’évidence des facteurs biologiques est dorénavant confirmée, mais il est aussi
nécessaire de s’appuyer sur les signes comportementaux et être très précis sur
chaque aspect étudié lors de l’examen neurologique des sujets autistes. Le cas
échéant, les tests pourraient ne pas être conformes à la réalité. Il faut donc
s’appuyer sur plusieurs critères d’évaluation et être très pointilleux pour éviter
des erreurs.
Pour sa part, l’Unapei36 sous la responsabilité scientifique de l’Arapi,
(Association pour la recherche sur l’autisme et la prévention des inadaptations)
édite un document sur l’autisme en 2007 en France dont la validité tient à l’état
des connaissances.
Selon ses auteurs, de nos jours, beaucoup d’adolescents et d’adultes avec
autisme ne sont ni repérés ni diagnostiqués ou bien ont reçu un diagnostic
erroné, notamment parce que la conception de l’autisme a changé depuis les
années 1980 et que les classifications DSM et CIM ont eu du mal à s’imposer
en France37
.
Des chercheurs de divers pays travaillent sur l’élaboration d’un diagnostic et
éditent leurs résultats : dans leur article paru en 2001, Helen Tager et ses
collaborateurs38 affirment que le diagnostic n’a pas changé depuis qu’il fut
formulé par Léo Kanner. Toutefois, ils soulignent que l’importance de son
35 Rogé B. Diagnostic précoce de l’autisme : données actuelles Enfance 2002;(1):21-30
36 L’unapei accueille à travers 700 associations et 2900 établissements et services qu’elle
fédère 180000 personnes handicapées mentales.
37 Agard JL, Baghdadli A, Barthélémy C and al. L’autisme où en est- on aujourd’hui ?
Ed. Unapei 2008 p 41
38 Tager-Flusberg H, Joseph R, Folstein S. Current directions in research.on autism. Mental
retardation and developmental disabilities research 2001;(7):21-29
17développement doit consister en l’acceptation universelle d’un unique ensemble
d’instruments de diagnostic, afin d’argumenter les cas de recherche. Ils insistent
également sur le fait qu’il est maintenant possible de faire des échanges entre
les études sur des personnes souffrant d’autisme, toutes diagnostiquées de
façon uniforme par différents chercheurs.
E. Billstedt et son équipe39 déclarent dans leur article que peu d’études sur le
long terme ont été effectuées, notamment sur le suivi des personnes dont le
diagnostic fut posé dans leur petite enfance.
Ils ont élaboré une étude portant sur des adolescents et adultes âgés de 13 à
23 ans et dressé un comparatif des symptômes relevés lors de la pose du
diagnostic et ceux au moment de l’étude.
Ils en concluent que les manques d’interaction dans les aspects sociaux restent
en majorité présents tandis qu’à l’âge adulte, les comportements peuvent avoir
évolué.
T. Charman40 et son équipe démontrent à travers leurs recherches que de
l’établissement d’un bon diagnostic dépendent les chances pour les sujets
autistes de recevoir les meilleurs traitements. Ils concluent d’après leur étude,
que sur 26 enfants évalués, à deux, trois, et sept ans, le diagnostic ne reste pas
stable au cours du temps pour 22 d’entre-eux.
Il apparait donc que la pose d’un diagnostic reste problématique, même s’il tend
à s’améliorer grâce aux croisements des différents systèmes d’évaluation et à
l’étude sur des sujets de plus en plus jeunes. Il est important de réactualiser les
évaluations fonctionnelles au cours du temps car l’autisme est un trouble du
développement qui peut connaître des évolutions très importantes selon les
prises en charge, l’environnement ou certains traitements.
Pour poursuivre les efforts il faut impérativement tenir compte41:
➢ des outils validés
➢ de la pluridisciplinarité
➢ de la communication entre professionnels
➢ de l’intégration des familles
➢ du suivi sur les projets de soin, d’éducation et d’accompagnement
Les avis des chercheurs internationaux convergent donc : plus l’autisme sera
pris en charge précocement plus les chances seront grandes de limiter les
39 Billstedt E, Gilberg C, Gilberg C. Autism in adults : symptom patterns and early childhood
predictors. Use of the DISCO in a community sample followed from childhood. Journal of child
psychology and psychiatry and allied disciplines 2007;48:(11):1102–1110
40 Charman T, Taylor E, Drew A, Cockerill H, Brown JA, Baird G. Outcome at 7 years of children
diagnosed with autism at age 2 : predictive validity of assessments conducted at 2 and 3 years
of age and pattern of symptom change over time.Journal of chil psychology and psychiatry and
allied disciplines. 2005;46(5):500-13
41 Baghdadli A, Beuzon S, Bursztejn C, Constant J, Desguerre I, Rogé B, Squillante M, Voisin J,
Aussilloux C. Recommandations pour la pratique clinique du dépistage et du diagnostic de
l’autisme et des troubles envahissants du développement. Archives de pédiatrie
2006;(13):373–378
18retards, voire l’arrêt d’un non-développement harmonieux chez l’enfant42
.
5) Les adultes autistes dans la société.
Par suite d’un soulèvement de la part des familles d’autistes, représentées par
différentes associations, le CCNE43 a été saisi le 10 juillet 2005 : les familles
s’insurgent contre les conceptions de prise en charge en France des enfants et
adultes souffrant d’autisme. Pourtant, il y a déjà eu toute une succession de
rapports, de recommandations, de circulaires et de lois depuis plus de 10 ans.
Il existe en effet des textes fondamentaux qui encadrent la bien traitance des
personnes avec autisme.
L’une d’elle étant la loi n° 96-1076 du 11 décembre qui le reconnaît
officiellement.
La haute autorité en santé44 (HAS) a repris la circulaire du 8 mars 2005, dans
les recommandations sur :
➢ la pratique du dépistage de l’autisme (loi 102 du 11 février 2005)
➢ l’égalité des droits des chances
➢ la participation et la citoyenneté des personnes handicapées,
➢ l’ouverture de maisons départementales des personnes handicapées
(MDPH)
➢ la mise en place depuis 2006 de centres ressources autisme. (CRA)
Cela permet d’accompagner les familles et de les orienter dans leurs
démarches.
Pourtant le défaut de prise en charge reste considérable. La France s’est vue
condamnée par le conseil de l’Europe en 2004 pour non respect de ses
obligations d’accès à l’éducation à l’égard des autistes.
Le diagnostic tend à être posé de plus en plus tôt. Si tel n’est pas le cas, cela
conduit à de grandes difficultés pour un accompagnement précoce et adapté.
Il y a trop de disparités dans les prises en charge éducatives et thérapeutiques.
Les familles ne sont pas suffisamment soutenues45, c’est pourtant grâce à une
large implication de leur part, que les sujets autistes peuvent accéder à un
minimum d’éducation, d’autonomie, et de possibilité d’interaction sociale.
42 Isserlis C, Speranza M. Risque autistique : repérage précoce. La revue du praticien
2004;18(54):2022-9
43 Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé
44 Haute autorité en santé. Organisme public indépendant d’expertise scientifique
45 Bruet Ferreol C. Autisme : avancées intéressantes. Journal de pédiatrie et de puériculture
2007;(20):213-216
19Pour cela, le projet ministériel46 datant de 2005, en faveur des autistes et de leur
famille propose :
➢ de dégager les financements nécessaires à une accélération de la mise
en place de centre ressource autisme (CRA 1 par région)
➢ de faciliter le recours aux outils médicaux du diagnostic
➢ de diffuser auprès des professionnels de la petite enfance les outils de
sensibilisation nécessaire à la détection de l’autisme et des TED
➢ de faciliter le recours aux outils médicaux du diagnostic
➢ de diffuser auprès des professionnels de la petite enfance les outils de
sensibilisation nécessaire à la détection de l’autisme et des TED
➢ de former les professionnels de santé à la détection de l’autisme
➢ d’établir des conventions départementales de l’autisme entre CRA et
maisons départementales des personnes handicapées et de les doter de
« personnes-ressource »
➢ d’accélérer la mise en place du programme de création de places en
établissement sur deux ans au lieu de trois
➢ d’évaluer la situation des personnes autistes accueillies dans des
établissements situés à l’étranger
➢ de recenser et mesurer les pratiques et méthodes de prise en charge
des travaux confiés au nouveau conseil national de l’évaluation sociale et
médico-sociale en lien avec la HAS.
Ce sont là certaines lois qui devraient si elles étaient bien appliquées, protéger
et assurer l’avenir des sujets autistes. Les établissements d’accueil, sont eux
aussi soumis à des projets d’accueil et de prise en charge spécifique.
Le personnel des établissements, selon la circulaire du 10 avril 1998, est tenu à
une formation spécialisée.
Il ne faut négliger aucune source d’information pour comprendre les besoins
exprimés et l’étendue des besoins non couverts :
➢ Les CDES (comité départemental d’éducation pour la santé)
➢ la COTOREP
➢ les établissements et services médico-sociaux
➢ l’école
➢ les associations
Même si les progrès attendus ne sont pas forcément à la hauteur des
espérances, même si l’évolution dans la recherche est lente, la prise en charge
des personnes autistes apporte toujours un minimum d’améliorations47
.
46 Circulaire interministérielle n° DGAS/DGS/DHOS/3C/ 2005/124 du 8 mars 2005 relative à la
politique de prise en charge des personnes atteintes d’autisme et de TED
47 Mailick Seltzer M, Shattuck P, Abbeduto L, Greenberg JS. Trajectory of development in
adolescents and adults with autism. Mental retardation and developmental disabilities research
reviews 2004;10(4):234-47
20Les symptômes de l’autisme ne disparaitront probablement jamais, et
l’autonomie de ces sujets ne sera jamais entièrement acquise, mais les efforts
doivent se poursuivre.
Pour conclure, force est de constater que le cas « autisme » n’ est plus à ce
jour « négligé » par les grandes autorités de santé et les organismes
responsables scientifiques et administratifs. Des projets sont à l’ordre du jour,
ou déjà mis en œuvre. Malheureusement, toutes les directives ne sont pas
toujours appliquées en France, en temps voulu, au détriment de l’avenir des
enfants et des adultes autistes.
6) L’autisme, sensations personnelles dans cette première expérience.
Pour terminer ce chapitre autisme, je souhaite donner mon point de vue sur ce
que j’ai pu ressentir en côtoyant des personnes autistes.
J’ai aussi tenté de comprendre un cas d’autisme auprès d’un jeune-homme
auquel ce mémoire fait référence. Grâce à lui, j’ai pu pénétrer et découvrir un
peu ce monde étrange, difficile à comprendre, à ressentir, voire à accepter.
J’ai aussi suivi en séance de musicothérapie, un autre jeune-homme autiste, et
j’ai pu également rencontrer d’autres personnes souffrant de cette pathologie
en dehors de mes sessions.
Il est difficile d’avoir une personne en face de soi et de reconnaître qu’elle n’est
pas comme nous, alors qu’elle nous ressemble dans son aspect physique. Mais
il ne s’agit que de « l’enveloppe extérieure ». De l’autre côté de cette
enveloppe, tout est tellement plus complexe…
Les personnes souffrant d’autisme, nous l’avons vu précédemment, se retirent
dans leur propre monde,que l’on nomme « le monde intérieur ». Il leur est très
difficile, sinon impossible de communiquer, de ressentir ou d’interpréter les
informations et les émotions transmises par « l’autre » et d’émettre leurs
propres sensations.
C’est un peu comme si elles étaient enfermées dans un cube de verre, voyant
ce qui se passe de l’autre côté de la paroi transparente, sans réaliser pour
autant qu’il s’agit d’un extérieur, d’un autre côté que celui où ils se trouvent.
De ce fait, ni à l’écoute, ni en quête d’aller voir ce qui s’y trouve, n’ayant pas
l’idée ou bien la possibilité, de se faire entendre, de donner à être vu. Ou tout
simplement ne le souhaitant pas.
Il n’a pas été facile pour moi, en tant que personne « normale », soit en
possession de tous ses moyens, d’aller vers ce jeune-homme autiste, que j’ai
prénommé Loan, apparemment présent devant moi physiquement parlant, mais
en même temps absent, car il n’y avait pas au moment de notre rencontre, de
relation et de communication entre nous.
Le paradoxe est que sous cette carapace auto-protectrice que Loan a érigée et
qui donne ce sentiment d’absence, il reste très présent, dans ses gestes et
dans l’expression quasi permanente de ses récits imaginaires. Pourtant, la
distance qu’il impose à l’autre et qui lui est nécessaire pour se sentir rassuré est
tout à fait perceptible.
21Voilà comment j’ai perçu Loan lors de notre premier contact.
Loan sourit, Loan répond… Mais à quoi ? Que perçoit-il de moi ? De ce qui
l’entoure ?
Loan qui me donne l’impression de se trouver « sur son île », loin de tout, loin
de tous…
J’ai tenté d’aller à sa rencontre, en me servant de la musique tel un radeau pour
naviguer vers lui. Car c’est sur une embarcation peu construite que j’ai pris le
risque de le rejoindre, me sentant aussi curieuse que respectueuse et laissant
de côté mes propres représentations rassurantes.
II) La musicothérapie.
1) Définition.
La musicothérapie se définit comme « l’apport de soins par le biais de la
musique ».
Pourquoi la musique comme support à une thérapie ? A-t-elle des vertus
curatives ? Qu’est-elle au juste ? Nous parle-t-elle ? Ou est-ce « parce qu’elle
peut nous atteindre dans notre fondement le plus archaïque48 ? »
En effet, si l’on considère que la voix humaine a été la première expression de
communication, comment pourrions-nous être insensible à la musique alors que
nous portons en nous son empreinte depuis toujours ?
La musique semble être le seul art qui n’est pas mimétique car elle ne
s’apparente à aucune forme représentative prédéfinie. Tout au contraire, elle
inspire, elle suggère, mais les émotions ou les images qu’elle invoque sont
propres à chacun.
Quelle musique pourrait illustrer de façon absolue une idée, un symbole, une
image, un état-d’âme ?
Elle nous appartient tout en n’appartenant à personne car nous nous
l’approprions, nous la vivons, et nous la ressentons selon nos besoins, notre
humeur, et nos goûts, différents d’un individu à l’autre. C’est pourquoi les effets
qu’elle répercute sur celui qui l’éprouve, l’expérimente, de façon active ou
passive, sont sous l’influence de son vécu, de son environnement, de son
éducation et de ses origines.
Étymologiquement, le mot musique nous vient de l’antiquité grecque. C’était l’art
des muses.
La musique était avant toute chose, une science agréable et bien ordonnée. En
ce sens qu’elle était vouée aux plaisirs mais qu’elle était reconnue comme un
art, pensé, structuré.
Platon disait que la musique communiquait à l’enfant, un sens et un ordre de la
mesure qu’il ne possède pas naturellement49.
.
48 Dr Robbins C. Colloque du 28 avril 2008 Université Paul Valéry. Montpellier III France
49 Nemo P. Revue le monde de la musique N° 288 juin 2 004 pp 36-46
22N’était-ce pas déjà l’idée que la musique pouvait aider à « réparer », ou à
« construire » une partie de nous-même ?
L’écrivain M. Proust50 disait que l’art nous permettait de découvrir un autre
univers : « Par l’art seulement, nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit
un autre de cet univers qui n’est pas le même que le nôtre, et dont les paysages
nous seraient restés aussi inconnus que ceux qu’il peut y avoir sur la lune ».
La musique est un art, et grâce à elle, il est possible de découvrir le monde
inconnu qui est en chacun de nous car elle fait appel à notre intersubjectivité.
C’est à dire qu’elle va nous permettre de reconnaître nos émotions, nos
intérêts, et ainsi de les partager avec d’autres personnes51. En cela, la musique
nous permet d’évoluer, de nous transcender même. Elle ouvre à l’imagination, à
la création et à la motivation. Elle autorise l’écoute de soi, l’écoute de l’autre,
l’écoute de rien : le silence.
Le silence a toute son importance dans la musique. Il permet de prendre
conscience de l’existence du son. Ainsi, il nous met en position d’écoute. S’il
intervient à la suite d’un moment musical, il est encore imprégné de ce qui vient
d’être entendu, il est toujours chargé des sons qui viennent de s’éteindre.
Selon F. Michel52, le silence peut être considéré sous trois niveaux différents :
➢ le silence dit « inférieur », traduisant simplement l’absence de son, de
bruit.
➢ le silence dit « supérieur » défini comme « l’espace que les paroles
traversent », c’est le silence qui vient nourrir la parole authentique, telle
la parole émise par la pensée philosophique, ou la pensée théologique.
➢ le silence dit « intérieur », celui que nous possédons tous et qui nous
permet de faire un retour en nous-même.
Le silence est donc indissociable de la musique, il la fait exister, et peut générer
de nouvelles émotions (plénitude, angoisse, impatience…)
En musicothérapie, la musique sert de médiateur commun dans une relation
interactive entre trois facteurs : la musique, le thérapeute, le patient.
Le dictionnaire de la musique M. Honneger53 indique que la musicothérapie vise
successivement trois objectifs :
➢ créer un climat de sécurité, d’apaisement, de détente, de dialogue et
d’échange
➢ éveiller, ou réveiller les énergies positives, les sentiments constructifs,
l’imagination et l’intelligence créatrice
➢ réorganiser la personnalité selon trois lignes directrices, la vie intérieure,
la vie de relation et la vie intime.
50 Proust M. Le temps retrouvé : A la recherche du temps perdu. Ed. Pléiade 1954 Vol 3 p 895
51 Aitken KJ, Trevarthen C. Self-other organisation in human psychological development.
Development and psychopathology 1997;9:653-77
52 Michel F. Le silence et sa réponse. Ed. JC Lattes 1986 p 127
53 Dictionnaire de la musique Marc Honneger Ed. Bordas 1993
23La musique peut être utilisée à des fins multiples54 55, elle permet de conforter,
contenir, maintenir, soutenir, elle capte l’attention, mobilise les capacités
d’anticipation, donne de l’élan, développe la sensibilité, éveille la créativité, elle
offre tout un ensemble d’alternatives exploitables et elle est à portée de tous : la
musique se laisse jouer de ses sons, de ses rythmes. Le patient peut l’explorer
sans chercher à la façonner, sans avoir à parler, et sans avoir d’attente.
Elle optimise l’affinement de la perception, fait appel aux mouvements, à la
gestuelle et contribue au développement de la motricité. Toutes ces
potentialités peuvent aider à la reconstruction psychique, la revalorisation
narcissique, redonnant confiance, autorisant la prise de conscience progressive
de l’état psychologique. La musique peut devenir musique « thérapeutique »
car elle donne lieu à la création d’une voie d’échange, de transmission, et
d’expression. Elle peut ouvrir une brèche dans notre inconscient, permettant
d’exprimer des émotions enfouies, ou insoupçonnées. Sans avoir de pouvoirs
curatifs, elle est le lien, l’outil médiateur qui peut permettre au thérapeute
d’amener le patient, grâce aux mobilisations psychiques, motrices ou
émotionnelles, vers un processus d’individualisation.
Enfin, la musique fait appel à notre sens esthétique, mais elle peut aussi être
tout simplement un stimulant, un activateur. C’est ainsi qu’en dehors d’une
dimension de soin, elle laisse la place au plaisir et au bien-être. Elle suscite
alors le besoin d’être et d’exister.
2) Aspect éthique de la musicothérapie.
La définition de la musicothérapie laisse présager de réelles possibilités
d’amélioration psychique, voire fonctionnelle, chez les personnes qui en
bénéficient.
C’est pourquoi elle a souvent été utilisée auprès de personnes atteintes du
syndrome autistique ou de troubles du comportement.
Cependant si le sujet autiste n’est pas à même de donner son consentement
pour suivre des séances, comment pouvons-nous être certains de la
préservation de ses droits, de sa sécurité, de son bien-être ?
A défaut de consentement direct de la part du sujet concerné, il faut se tourner
vers son tuteur ou les organismes de tutelle qui gèrent son projet individuel.
Le CCNE (Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de
la santé) dans son avis N° 102 affirme :
« Les méthodes doivent pouvoir faire l’objet de recherches et être évaluées afin
que le choix des familles puisse reposer sur les informations les plus fiables
possibles. Accepter qu’une analyse du comportement et des éventuelles
maladies associées soit suffisamment précise pour que l’efficacité de telle ou
54 Brown S M . Autism and music therapy : is change possible and why music ? Journal of
british music therapy 1994;8(1):15-25.
55 Kaplan R S, Steele A. An analysis of music therapy program goals and outcomes for clients
with diagnoses on the autism spectrum. Journal of music therapy 2005;42(1):2-19
24telle approche puisse être l’objet d’un minimum de consensus, devrait devenir
une exigence ».
C’est le cas pour la musicothérapie. Il existe en effet nombre d’articles
scientifiques reconnus qui relatent les bénéfices d’une prise en charge par la
musicothérapie.
Des chercheurs, cliniciens et analystes qui utilisent la musicothérapie ou s’ y
sont intéressés, ont effectué des études afin de pouvoir apporter des éclairages
tant dans son utilisation que dans les résultats constatés.
Il est néanmoins impossible de faire une liste exhaustive de toutes les parutions
sur ce sujet. Pourtant, les articles parus à propos de la musicothérapie,
appliquée sur des personnes autistes ou souffrant de troubles du
comportement, concluent le plus souvent par la reconnaissance d’effets positifs.
Il est à noter que la genèse de la musicothérapie en tant que discipline
thérapeutique date du 20ème siècle. Dans les années quarante, des écoles ont
éclos aux Etats-Unis56
, en Europe57, (Pontvik, 1942 en Suède ; premier congrès
de musicothérapie en France en 1974) et en Amérique du sud58. Elle a toujours
été appliquée dans de nombreux domaines (centres hospitaliers, milieux
scolaires, centres de réadaptation, centres de santé communautaires, pratique
privée).
Trevarthen écrit dans son article « La recherche sur les méthodes et les effets
de la thérapie par la musique ou le mouvement est en train de devenir plus
exacte et scientifiquement contrôlée et les effets bénéfiques ont été démontrés
pour différents états dont l’autisme et d’autres troubles émotionnels de la petite
enfance59 60».
Cette thérapie est donc appliquée depuis une période suffisamment longue
pour que les résultats parus dans les différents articles scientifiques soient
considérés comme valides et fiables sur le plan international.
Quelques exemples d’articles :
dans son étude portant sur huit personnes âgées entre 30 et 38 ans atteintes
d’autisme profond M. Boso et son équipe61 démontrent l’efficacité de la
musicothérapie sur des personnes qui au préalable, n’avaient aucune
connaissance musicale particulière et n’avaient jamais reçu d’apprentissage
musical. L’étude a duré une année, à raison d’une séance par semaine. Ils
décrivent les performances atteintes dans les domaines de l’imitation, du jeu,
des nouvelles assimilations dans l’apprentissage musical. Selon eux, les
bénéfices sont indéniables.
56 Kim Y. The early beginnings of Nordoff-Robbins in music therapy. Journal of music therapy
2004;41(4):321-39
57 Jost J. Equilibre et santé par la musicothérapie. Ed. Albin Michel 1990 p 19
58 Benezon R. La musicothérapie, la part oubliée de la personnalité Ed. De boeck. 2007 p 15
59 Trevarthen C. Autism, sympathy of motives and music therapy. Neuropsychiatrie de l’enfance
et de l’adolescence. 2005;53:46-53
60 Wigram A. Music therapy research and practice in medicine. Ed. J Kingsley 1996
61 Boso M and al. Effect of long-term interactive music therapy on behavioral profile and musical
skills in young adults with severe autism. The journal of alternative and complementary
medicine 2007;7(13):709-712
25Gold et ses collaborateurs62 ont fait une étude dans laquelle, certains sujets,
choisis au hasard, bénéficiaient de séances de musicothérapie, un autre groupe
suivait les mêmes séances et recevait en plus des soins médicaux standard, et
un dernier groupe ne recevait aucun traitement. (Effet placébo). Les sujets
n’étaient pas informés de l’étude. D’autres chercheurs suivaient l’étude de Gold,
tout en ignorant quel sujet appartenait à quel groupe. Les résultats ont prouvé
que le groupe recevant le traitement en plus de la musicothérapie avait des
résultats supérieurs tant dans les compétences verbales que gestuelles. Mais
ce résultat était moins significatif en ce qui concerne leurs comportements.
Selon D. Aldrige63 nous possédons tous une identité musicale. Il nous explique
dans une de ses discussions que les composants musicaux sont les
fondamentaux de la communication et que le rythme, en particulier, est l’aspect
musical de la communication. En ce sens qu’elle ne joue pas uniquement un
rôle de transmission d’une information, mais qu’elle est également fondée sur
l’instauration et la gestion des relations. D’où les possibilités offertes par
l’utilisation de la musicothérapie.
A New York, une équipe de l’académie des sciences64 a rédigé un article sur les
perspectives scientifiques de la musicothérapie. Elle reconnaît l’efficacité, dans
divers domaines de la santé, mais elle souligne la nécessité de faire des études
plus approfondies pour comprendre ce qui marche réellement en
musicothérapie. Selon eux, il s’agit d’une urgence « there is an urgent need for
the application of empirical research methods to studying the ingredients of
music therapy ».
R. Accordino et son équipe65 nous rapporte dans une de leurs études sur la
musicothérapie appliquée chez les patients autistes, que nombre de
psychiatres et de pédiatres préconisent cette thérapie chez leurs patients. Mais
ils rapportent aussi que bien que les effets soient évidents sur les
comportements, la socialisation ou la communication, il existe de nombreuses
défaillances dans la recherche et dans les rapports concernant l’application de
la musicothérapie.
Ils déplorent aussi l’impossibilité de faire une comparaison entre les résultats
obtenus lors de sessions de musicothérapie et en dehors, dans le quotidien.
La méta-analyse est une démarche consistant à rassembler les résultats de
plusieurs essais cliniques conduits séparément sur un problème donné.
62 Gold C, Wigram T, Elefant C. Music therapy for autistic spectrum disorder 2006 ; Cochrane
database of systematic reviews (2)CD004381
63 Aldridge D. Music, communication and medicine : discussion paper. Journal of the Royal
society of medicine 1989;82(12):743-746
64 Hillecke T, Nickel A, Bolay HV. Scientific perspectives on music therpy. Annals of the NewYork academy of sciences. 2005;1060:271-82
65 Accordino R, Comer R, Helle WB. Searching for music’s potential : a critical examination of
research on music therapy with individuals with autism. Resarch in autism spectrum disorders
2007;(1):101-115
26Gold C et ses collaborateurs66 ont effectué une méta-analyse portant sur 11
études soit auprès de 188 patients. Les résultats prouvent l’efficacité de la
musicothérapie sur des critères cliniques tel que les comportements ou le
développement, tandis qu’ils sont plus faibles en ce qui concerne les troubles
émotionnels et les troubles des interactions sociales et le concept du moi ».
A propos d’une étude menée sur plusieurs cas67 de jeunes étudiants non
autistes, mais souffrant de troubles du comportement et de troubles
émotionnels il a été démontré que la musicothérapie a pu les aider à se dés
desinhiber, à améliorer leurs relations sociales, à retrouver la concentration et
l’estime de soi. Cette étude de Sausser et Waller est intéressante du fait de la
similitude de certains symptômes avec l’autisme, et parce que les enfants qui
ont bénéficié de la musicothérapie, avaient la capacité de ne pas donner leur
consentement pour suivre cette prise en charge. Toutefois, les améliorations au
niveau des troubles comportementaux et émotionnels ont été évidents. Il s’agit
de deux cas cliniques différents, mais sur des caractéristiques similaires, les
mêmes effets ont pu être relevés.
L’éthique répond à une question : que faire pour bien faire ?
La musicothérapie permet d’accéder à un large éventail d’expressions laissant
envisager l’amorce d’un échange entre une personne autiste et le
musicothérapeute et ce, sans obligation d’usage de la parole mais en utilisant
avant tout la gestuelle, les mimiques et les mouvements.
Nous avons vu qu’elle facilite les échanges dans la mesure où elle va mobiliser
l’écoute, susciter l’intérêt et déclencher des réactions spontanées. Les effets
successifs peuvent être considérés comme une suite de processus qui petit à
petit pourront s’unir, s’imbriquer les uns les autres jusqu’à former un tout plus
cohérent. Entendons par là que pour le patient, toute nouvelle manifestation
émergeant au cours des séances de musicothérapie, peut être un début
d’élaboration d’une construction ou de la reconstruction de son identité.
Utiliser la musicothérapie, est-ce donc bien faire ? Autant répondre avec
circonspection, tous les avis ne sont pas unanimes.
Toutefois, si l’on reconnait qu’utiliser la musicothérapie face à l’autisme
n’engage la responsabilité du thérapeute que sur le risque de n’apporter aucune
modification notoire chez le patient, pourquoi ne pas essayer cet outil musical,
dans la mesure où au contraire, un seul résultat probant serait suffisant pour
valider la poursuite des séances et permettrait même d’envisager la création
d’un nouveau champ de communication chez ces sujets repliés dans leur
monde intérieur ?
66 Gold C, Voracek M, Wigram T. Effects of music therapy for children and adolescents with
psychopathology : a meta-analysis . Journal of child psychology and psychiatry
2004;45(6):1054-1063
67 Sausser S, Raymond J, Waller Ph . A model for music therapy with students with emotional
and behavioral disorders. The arts in psychothérapy 2006;1(33):1-10
273) Aspect technique de la musicothérapie.
Diverses techniques sont applicables en musicothérapie :
➢ la musicothérapie active : Le sujet produit lui-même la musique, en
utilisant sa voix, des instruments ou tout ce qui peut produire des sons
ou des bruits dans l’espace environnant. Cela lui permet d’établir une
communication non verbale avec le thérapeute.
➢ la musicothérapie réceptive : Le sujet écoute un programme musical
l’aidant à prendre progressivement conscience d’un nouvel état
psychologique visé par la thérapie.
➢ la relaxation musicale avec deux axes différents : l’école jackobson aux
USA et le training autogene de Schultz
Il ne s’agit pas là de donner le détail et la liste de toutes les techniques
utilisables, mais simplement de savoir qu’il en existe diverses, applicables en
fonction de différents critères. A savoir également, que dans ces différentes
techniques, plusieurs variantes peuvent être appliquées. En musicothérapie
active par exemple, une large part peut être laissée à l’improvisation, un support
audio pouvant être utilisé ou non. En réceptif, l’agencement des écoutes, le
choix des musiques écoutées, ou leur nombre peuvent différer.
En relaxation, il peut y avoir diverses approches, comme par exemple la bande
sonore en U. Cette technique consiste en la diffusion d’une bande sonore qui
permet d’ amener le patient d’un état d’agitation à un état de relaxation et à
nouveau dans un état d’éveil.
Dans ce mémoire, seul un descriptif des méthodes utilisées durant le stage est
abordé, sachant que pour décider d’une technique, il faut d’abord connaître les
capacités physiques, psychiques, fonctionnelles du patient, comprendre ce qui
est attendu de la séance, rechercher quelles sont ses préférences musicales.
Divers facteurs qui permettront au thérapeute d’adopter la technique la plus
appropriée. Cette décision sera prise suite au bilan psychomusical.
a) Préalable à toutes les techniques : le bilan psychomusical.
Première approche dans la thérapie, le bilan psychomusical permet
l’observation et une première prise de connaissance de la part du thérapeute
envers son patient. Il lui permet d’évaluer sa réceptivité à la musique, sa
réactivité, mais aussi ses prises d’initiatives, sa créativité, ses possibilités
fonctionnelles et expressives vis-à-vis de sa pathologie, en fonction de ses
capacités d’expression verbale et/ou gestuelle. Il laisse donc envisager une part
du potentiel du sujet.
28La technique que j’ai utilisée pour le bilan psychomusical a été la suivante :
 Un bilan réceptif : j’ai commencé par des questions, reformulées si
besoin en fonction de la compréhension. J’ai ensuite proposé à Loan
l’écoute de différents types de musiques. Cela m’a permis de noter ses
réactions physiques et verbales.
 Un bilan actif : il s’est déroulé en deux phases. D’ abord une exploration
où Loan était libre de jouer et de découvrir les instruments comme il le
souhaitait. Ensuite, une seconde partie où je l’ai invité à jouer avec les
instruments mis à sa disposition, sur une bande sonore élaborée à cet
effet.
La subjectivité de l’observateur est importante à prendre en compte, car son
vécu peut induire à tout instant des interprétations erronées.
« Nous devons apprendre qu’il y a d’une part, la réalité, et d’autre part, notre
jugement sur cette réalité68 ». Il est donc important de rester le plus neutre
possible lors du bilan psychomusical.
A l’issue des bilans, la technique la plus adaptée au patient est déterminée.
b) Technique choisie pour Loan.
Loan a effectué le bilan psychomusical afin de pouvoir déterminer la technique
lui offrant de s’exprimer au mieux et d’exploiter ses potentiels.
Au sortir d’une réflexion entre la direction, la psychologue, le médecin
psychiatre et moi-même, nous avons défini celle qui serait la plus profitable.
La musicothérapie active a été préférée parmi les autres techniques.
c) Le cadre.
Une fois les séances déterminées, il est essentiel de fixer le cadre qui se définit
par des paramètres immuables, dans la mesure du possible.
A savoir, fixation d’un jour, d’un horaire, d’un lieu, d’un décor, d’une consigne,
d’un instrumentarium.
Ce cadre procure des repères au patient, et ces mêmes repères constants lui
confèrent de l’assurance et le mettent en confiance69
.
Malgré son aspect rigoureux il est un garde fou nécessaire, d’une part en étant
le moteur de l’intervention, et d’autre part en permettant au patient de
l’intérioriser et de l’intégrer totalement à l’ensemble de la séance. Aussi, le
thérapeute ne doit en aucun cas le négliger.
68 André C. Psychiatre. Psychologies magazine janvier 2008 p 51
69 Martin M. Le cadre thérapeutique à l’épreuve de la réalité . Cahiers de psychologie clinique :
la santé mentale.2001;17(2):103-120
29Les séances de Loan ont donc été ainsi définies :
➢ jour : jeudi
➢ heure : 10h-10h45/11h
➢ lieu : salle de musique de l’A.T.O
➢ technique : musicothérapie active
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